A quoi peut bien servir un coach ?

 

A l’heure où le coaching est devenu un thème récurrent et une pratique courante, il paraît opportun de s’interroger sur sa véritable utilité. Est-ce un simple phénomène de mode ou bien le coaching correspond-il à quelque chose de plus profond qui s’apparenterait à un besoin essentiel de l’homo sapiens au travail du 21ème siècle ?

 

Et au-delà de la démarche elle-même, quid des innombrables coachs qui pullulent sur le marché ? Peut-on leur faire confiance et leur confier sans crainte des informations personnelles parfois très intimes sur notre structure de personnalité et notre mode de relation aux autres ? Comment s’assurer du strict respect de la déontologie en vigueur dans cette profession très hétérogène aux multiples inspirations ? Quelles garanties les coachés sont-ils en droit d’exiger de leur prestataire ?

 

Toutes ces questions sont éminemment sensibles et méritent d’être abordées sans complaisance ni tabou. D’autant que la démarche de coaching a progressivement pris place dans le monde de l’entreprise plus que jamais confronté à des enjeux de compétition, de recherche de l’excellence et d’amélioration des performances. Dans ces conditions, il est intéressant de se pencher sur les principes et les déterminants qui la caractérisent afin de pouvoir mesurer en quoi elle répond aux attentes et aux aspirations légitimes de ses nombreux bénéficiaires.

 

Un processus d’accompagnement original qui favorise l’optimisation des potentiels

 

L'émergence et la diffusion du coaching reflète une tendance de fond de la société et des besoins personnels de l'individu. Au niveau sociétal, le coaching répond à un environnement économique  à la fois complexe et concurrentiel qui demande une plus grande flexibilité dans les compétences relationnelles (les « softs kills ») et les comportements. Cette complexité nécessite en outre une faculté d’assimilation de l'information plus importante qui peut précisément être aiguisée par le coaching, notamment à travers la prise de recul et la mise en place d’un espace de réflexion critique sur ses propres déterminants.

 

Entendu ainsi, le coaching apparaît comme une démarche d’accompagnement, conduite par un tiers, destinée à optimiser les ressources internes de la personne et à développer son potentiel, dans le respect de son intégrité.

 

L'espace « en miroir » offert par le coaching permet une observation et un questionnement de ses pratiques. Les mutations rencontrées par les entreprises ont fragilisé la relation entre le salarié et son employeur, rendant plus précaire le lien contractuel. La demande de coaching est fondamentalement une recherche de plus grande cohérence et de sens dans l'action. Elle résulte aussi du souci d'échapper à l’isolement, voire à la solitude. Celle-ci est d’autant plus grande que les responsabilités exercées sont importantes.

 

Le coaching se définit ainsi comme une démarche de co-élaboration (entre coach et client) fondée sur la puissance de la relation intersubjective. Le terme de maïeutique est souvent utilisé pour caractériser ce processus de coproduction et celui d’alliance pour qualifier la relation entre les deux parties. Le coaching postule en effet que le coaché a en lui les ressources nécessaires pour trouver ses propres solutions. Le coach agit comme un catalyseur, un facilitateur de changement en mobilisant les énergies de son interlocuteur. Cette relation singulière entre les deux parties ne se conçoit pas sans un niveau élevé de confiance.

 

Les champs d’application du coaching individuel sont multiples, presque innombrables : amélioration de l'efficacité personnelle, prise de fonction dans un nouveau poste, management d'une équipe, développement du leadership, travail sur l’image de soi, problématiques relationnelles et communication avec autrui, gestion du stress et de son équilibre personnel, gestion du temps et des contraintes d’agenda, appréhension des situations conflictuelles, recherche d'une plus grande cohérence dans l'action…

 

La position singulière du coach

 

Face à ces besoins, l'intervention du coach a pour vocation première de créer un espace de confiance et de partenariat où le coaché peut exprimer librement sa parole. Le fait d'être écouté avec bienveillance et sans arrière-pensée constitue pour beaucoup de personnes une situation assez inédite qui autorise une verbalisation et un travail fécond. Le coach assure une fonction de feedback qui va à son tour entraîner une réflexion chez le coaché, elle-même porteuse de progrès.

 

Le coach est par ailleurs capable d'identifier les véritables enjeux du coaché dans la profusion d'information et, parfois, la confusion qui prévaut. Le coach travaille ainsi à faire progresser la problématique exposée. Grâce à la prise de distance, la situation de coaching permet de sortir du cercle étroit ou le coaché a pu s'enfermer, en lui offrant une autre perspective. Il suffit parfois simplement de déplacer son point d’observation de quelques degrés, ou encore de se décentrer, pour embrasser un angle de vue qui ouvre un nouvel horizon, plus vaste et plus riche en possibilités.

 

Le coach agit ainsi comme une force de stimulation et comme un pourvoyeur de nouvelles façons de percevoir la réalité. Il donne au coaché l’occasion d’élargir cette réalité, celui-ci pouvant alors explorer des pistes inédites et déterminer des options jusque-là non envisagées.

 

Le travail de coproduction caractéristique du coaching situe la relation entre les deux acteurs dans un rapport circulaire où chacun se nourrit de la parole de l'autre pour progresser dans la problématique du coaché. Le plus souvent, le coach connait moins bien que son client le domaine d'intervention de ce dernier (mais pas toujours, comme dans le cas du mentoring – voir infra). Cette moindre connaissance amène le coach à adopter une position basse et à faire preuve d'une absence d'a priori. A la différence du consultant expert, le coach n’est pas un spécialiste métier dans un domaine précis ou une technologie donnée ; il est là pour mettre en évidence certains processus sous-jacents  et élargir le spectre des possibles.

 

Le coaching se différencie ici de l’approche psychothérapique : il s'ancre fondamentalement dans l'univers professionnel du coaché. Alors que la thérapie tend à être un exercice touchant la structure psychique profonde de la personne, le coaching a un impact comportemental plus factuel. Il se déploie en immersion dans une réalité particulière qui est celle du coaché. C’est pour cette raison que le coaching se situe au croisement du monde de l’entreprise et de la relation d’aide. L’efficacité de son intervention est conditionnée par la capacité à comprendre les enjeux professionnels de son client et son cadre de référence.

 

Dans certains cas, le coaching fait place au mentoring qui ajoute une dimension d’expertise à la prestation du coach. Il s’agit alors (le plus souvent) d’un professionnel ayant lui-même exercé par le passé des responsabilités similaires ou proches et, par conséquent, connaissant parfaitement l’environnement et les fonctions du coaché. Cette compétence spécifique est particulièrement utile pour l’accompagnement des cadres dirigeants qui apprécient que leur coach (ou leur mentor) ait lui-même vécu les situations rencontrées et partage les mêmes codes. Cela les rapproche et renforce encore leurs rapports de confiance. Le coaché a la sensation d’être mieux compris et les préconisations du coach peuvent lui paraître plus pertinentes, plus affûtées.

 

Une profession en plein essor mais non réglementée

 

On touche là un point sensible qui constitue pour certains un frein ou un handicap pour le recours à ce type d’accompagnement : le métier de coach n’est pas réglementé par la loi (contrairement à beaucoup d’autres professions libérales) et n’importe qui peut s’estimer légitime pour l’exercer. On trouve certes sur le marché des formations qualifiantes qui sont labellisées par le Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) et qui offrent des garanties de sérieux sur leur contenu (programme de formation, qualité des intervenants…). Mais il n’existe pour l’heure pas de diplôme national de coach, à l’instar de ce qui prévaut pour les psychologues, les avocats ou les professions médicales.

 

Certains s’en réjouissent et profitent de cette absence d’encadrement dans laquelle ils voient un espace de liberté. D’autres le déplorent car ils estiment qu’une profession réglementée offre davantage de garanties aux clients en termes de compétences, de représentation et, plus encore, de déontologie. D’autant que le monde du coaching est loin d’être univoque avec ses multiples obédiences théoriques ou philosophiques et ses nombreuses fédérations (nationales, européennes voire internationales). Le profane peut facilement s’y perdre et finalement préférer se tenir à distance d’un univers complexe et parfois perçu comme opaque.

 

Cet article n’a pas vocation à trancher ce débat qui connaîtra, à n’en pas douter, encore de nombreux développements. Il peut en revanche s’appuyer sur lui pour inviter les utilisateurs potentiels de coaching à faire preuve de prudence et de discernement dans le choix de leur prestataire. Si les références du coach peuvent s’avérer déterminantes, le recours à des professionnels recommandés par des proches ou des collègues ayant déjà utilisé leurs services constitue souvent une démarche judicieuse et avisée. Car le bouche à oreille a depuis longtemps fait ses preuves pour identifier les intervenants solides et reconnus au sein d’une corporation ou d’un secteur d’activité. Et si l’intuition ou le « feeling » peut toujours avoir un rôle à jouer dans ce domaine, mieux vaut savoir s’entourer de l’avis éclairé de ses pairs avant d’aborder un univers professionnel où le pire côtoie le meilleur.

 

Pour conclure ce billet, force est de constater que le coaching est devenu une activité omniprésente qui a envahi la quasi-totalité de la société, de la sphère du développement personnel au monde du travail (tous secteurs confondus), en passant par le milieu du sport. Peu de métiers ont connu une telle ascension et se sont à ce point banalisés en un temps aussi court. Dans le même temps (et c’est la rançon de la gloire), la pratique du coaching a été largement critiquée, décriée, quand ce n’est pas vilipendée, parfois malheureusement à juste titre. Il nous appartient à nous professionnels de veiller à ne pas galvauder une démarche d’accompagnement qui peut s’avérer formidablement féconde, pour peu qu’elle soit utilisée à bon escient et dans le respect des bonnes pratiques et de la déontologie qui se sont progressivement établies et structurées, au fil du temps et des travaux réalisés par des universitaires ou d’éminents experts de la question.

 

Patrick CARRIEU

MHP Consulting

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