La Psychologie positive, un autre regard sur le monde

 

On entend beaucoup parler de psychologie positive dans les médias et sur les réseaux sociaux, mais en quoi son enseignement constitue-t-il un apport déterminant pour comprendre le fonctionnement de l’esprit humain ? D’une façon bien plus importante qu’on pourrait le croire de prime à bord.

 

Quand psychologie rimait avec maladie

 

Pendant longtemps, la psychologie s’est focalisée sur les conditions d’émergence des pathologies mentales et sur leur cortège de symptômes : névroses, anxiété, phobies, dépressions, états psychotiques (schizophrénie, paranoïa…), pour ne citer que les plus connues. Si son apport a permis à des milliers de personnes de vivre mieux avec leurs maux, à défaut d’en guérir, cette discipline s’est en revanche peu intéressée aux émotions positives ou simplement agréables, telles que la joie, la compassion, l’amour, la gratitude ou le pardon. Cette propension de la psychologie à se focaliser sur les aspects négatifs et douloureux de l’expérience humaine a fait écho à un penchant très répandu dans nos sociétés modernes qui consiste à ne s’intéresser qu’à ce qui ne va pas bien, à ce qui dysfonctionne.

 

Pourquoi ? Probablement, parce que nous sommes davantage attentifs aux informations négatives qu’aux événements positifs, en vertu d’un héritage liée à la théorie de l’évolution qui veut que la faculté d’identifier les menaces et les risques soit plus efficace pour la survie de l’espèce. Notre priorité a toujours été de repérer les phénomènes susceptibles de mettre en danger nos vies et de trouver le moyen de les pallier ou de s’y soustraire. Et non pas de mettre en exergue les moyens d’améliorer nos ressentis agréables, pourtant indissociables de notre existence.

 

Mais il y a également une seconde raison à ce déséquilibre. L’avènement d’un haut niveau de confort et de sécurité, dans un Occident enfin débarrassé des guerres multiséculaires,  nous a progressivement amenés à attendre de la vie des événements essentiellement positifs. Dans ce contexte, nous sommes donc forcément plus attentifs à ce qui peut venir perturber notre quiétude, en l’occurrence les aléas négatifs. Et cette vigilance, affûtée et amplifiée au fil des décennies, nous a finalement prédisposés à vouloir nous défaire des forces négatives bien plus qu’elle ne nous a incités à cultiver les vertus des signaux positifs.

 

Ce phénomène a été magistralement souligné par Abraham Maslow, le célèbre inventeur de la pyramide connue sous le même nom, qui a ainsi pu écrire dès le début des années 50 : « La science de la psychologie a été couronnée de bien plus de succès sur l’aspect négatif que sur l’aspect positif. Elle nous a beaucoup révélé à propos des imperfections de l’homme, de ses maladies, de ses péchés, et très peu à propos de ses potentialités, de ses vertus, de ses aspirations réalisables ou de sa stature psychologique entière. C’est comme si la psychologie s’était volontairement restreinte à une moitié seulement de sa juridiction légitime, la moitié la plus sombre et la plus méchante ».

 

Freud lui-même n’a-t-il pas fait de l’Homme cet être obscur et souffrant, tiraillé à son insu par des forces psychiques inconscientes qui constituent autant de freins puissants à son épanouissement et à son bonheur ?

 

Les insondables ressources de l’esprit humain

 

En réaction à cette logique morbide centrée sur les pathologies mentales et autres désordres de l’esprit, la psychologie positive a, sous l’impulsion de Martin Seligman et de quelques condisciples, emprunté une autre voie à partir de la fin du siècle dernier : celle de l’exploration des ressources positives de l’Etre humain qui peuvent s’avérer déterminantes pour améliorer la vie des gens dans leur grande majorité. Fondé sur le principe de responsabilité de l’Homme face aux aléas de l’existence, ce nouveau courant de la psychologie propose de s’intéresser davantage aux aspects constructifs et agréables de l’expérience humaine. Son objet principal est l’étude rigoureuse des conditions et processus qui contribuent au fonctionnement optimal des individus, mais aussi des groupes d’individus et des organisations. Ce faisant, la psychologie positive va s’efforcer de déterminer les facteurs permettant aux gens de s’épanouir, de se développer et, par là-même, de rester en bonne santé. Un nouveau champ expérimental au potentiel insoupçonné était ainsi ouvert, qui conduira à de nombreux travaux d’une extraordinaire richesse et d’une profonde utilité pour un très large public. Les notions d’optimisme, de plaisir, d’ouverture d’esprit, de clairvoyance, de créativité, d’authenticité ou encore de maîtrise de soi, de gratitude et d’humour étaient réhabilitées et placées enfin sous les feux des projecteurs. Elles pouvaient de surcroît irriguer l’ensemble des institutions et des organisations sociales  comme l’école, la famille, le monde associatif et celui de l’entreprise. Autant de secteurs d’activité où l’Homme peut librement aspirer à repenser sa relation à autrui dans le but d’améliorer son niveau de satisfaction et d’épanouissement, mais aussi d’augmenter significativement sa contribution au bon fonctionnement des groupes auxquels il appartient et qui participent à son identité.

 

Nous pouvons ainsi constater que le champ de la psychologie positive dépasse largement le seul cadre de l’épanouissement personnel, pour intégrer l’ensemble de la sphère politique et sociale. Car si elle croit à la libre autodétermination de chacun, elle peut également s’avérer une aide précieuse pour tous ceux qui aspirent à trouver leur place dans une communauté plus large, dans une perspective d’accomplissement et de réalisation de soi.

 

Un nouveau prisme pour regarder le monde

 

Cela devrait nous inciter à appréhender l’actualité immédiate à l’aune de son éclairage particulièrement pertinent. Comment ne pas voir en effet que les mouvements sociaux qui scandent notre quotidien depuis quelques semaines sont très éloignés de ce que la psychologie positive nous enseigne : se prendre soi-même en main, puiser dans ses ressources pour améliorer sa situation personnelle, ne pas attendre de l’Etat (ou de toute autre superstructure) qu’il règle à notre place ce qui relève de notre responsabilité, ne pas se placer dans une position d’attente ou d’exigence mais œuvrer en conscience pour atteindre ses propres objectifs et assouvir ses aspirations au changement.

 

Exprimé plus prosaïquement, cela revient à  dire qu’il est toujours préférable, et surtout plus fructueux, de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, de compter sur soi davantage que sur les autres pour tenter de régler ses problèmes ou de surmonter ses difficultés, de prendre des initiatives et de faire preuve d’esprit constructif au lieu de constamment dénoncer, se plaindre et rejeter la faute sur autrui (l’Etat, les partis, les médias, la société, la classe politique, les patrons, etc…). Car les émotions positives ne s’obtiennent pas par la force de l’injonction ou par l’incantation. Elles n’apparaissent en nous et ne nous habitent que dans la mesure où nous savons créer les conditions de leur émergence et de leur développement. Et nous ne sommes malheureusement pas égaux devant elles : certains individus ont une nature qui les porte spontanément et sans contrainte à éprouver ces états d’âme ; d’autres doivent, pour les atteindre, faire un effort particulier, s’affranchir de leur pessimisme et s’employer à regarder la vie avec un prisme plus positif.

 

Nous tenons là un autre grand enseignement de la psychologie positive : elle a scientifiquement démontré que notre aptitude au bonheur était déterminée à 50 % par notre patrimoine génétique, à 40 % par notre investissement personnel librement consenti et à 10 % seulement par les circonstances particulières de notre vie (étude de Lykken et Tellegen de l’université du Minnesota publiée en 1996). Il n’est donc pas besoin d’être grand clerc pour en tirer les conclusions qui s’imposent : il nous appartient de décider nous-même si nous voulons ou non changer notre regard sur le monde pour espérer devenir plus satisfait de l’existence que nous menons, en restant certes imparfaits, mais toujours libres et heureux (pour paraphraser le titre d’un livre écrit par un célèbre psychiatre français). Alors ne perdons pas de temps et commençons sans attendre ce travail de transformation sur nous-même si passionnant et si fécond. Il n’y a pas grand-chose à y perdre et tellement à gagner.

 

Patrick CARRIEU,

MHP Consulting

 

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